jeudi 26 février 2026

 




LE TISSERAND D'OMBRES

PREMIÈRE PARTIE : LE SECRET D'OBLODIYE

CHAPITRE 1 : LA TRAME DU LOUP
Le drap de la redingote de Sacha était d’une finesse que je n’avais pas touchée depuis des années. En simulant ce trébuchement d’ivrogne, en laissant mon épaule heurter la sienne, mes doigts ne cherchaient pas seulement sa bourse. Ils prenaient la mesure de l’homme. Un corps souple, peu habitué au combat, une proie qui sentait le savon coûteux et l'insouciance.
Dans le creux de ma paume, le cuir de la bourse glissa avec une fluidité parfaite. Un geste d’artisan.
Puis, le fer froid s’écrasa contre ma gorge.
— Ne bouge plus, vermine.
Je figeai mes muscles, non pas par peur, mais par calcul. Je sentais la lame trembler légèrement sous la main du garde. Trop nerveux , pensai-je. J'aurais pu, d’un coup de coude au plexus et d’une torsion du poignet, retourner l’arme contre son porteur en deux battements de cœur. Mais ce n’était pas le plan. Je devais entrer dans leur vie, pas la parsemer de cadavres dès le premier soir.
Je me laissai tomber à genoux, les cheveux violemment tirés en arrière par le garde. La douleur était réelle, mais je l’accueillis comme un simple accessoire de costume.
— Grâce, Seigneur, grâce ! Dites-leur de ne pas... ah ! Aïe !
Ma voix de fausset, brisée par une terreur simulée, résonna dans la grande salle de l’auberge. Sous mes cheveux blonds embroussaillés, mes yeux restaient pourtant fixes, scrutant le sol, comptant les bottes autour de moi. Huit gardes. Trop pour un assaut direct, suffisant pour justifier une infiltration.
Je vis Sacha s'approcher. Le Barine récupéra sa bourse. J'entendis le mot « police ». J'accentuai mes tremblements, frappant le sol de mes mains calleuses.
— Pitié, non, Seigneur ! Pas la police ! De grâce, pas la police ! Je voulais juste manger !
C’était la partie la plus délicate : paraître assez misérable pour susciter la pitié, mais assez inoffensif pour être épargné. Je sentis le regard d'une enfant peser sur moi. Celle que les autres appelaient Marie. Je ne levai pas les yeux vers elle. Je savais que les enfants voyaient parfois à travers les masques. Pour moi, elle n'était encore qu'une variable, un levier qu'il m'arriverait peut-être d'utiliser le moment venu pour briser Sacha.
— Allez, file ! Tu es libre, lança enfin Sacha.
Je saisis la main du jeune homme, la couvrant de baisers serviles. La peau était tiède. Profite de cette chaleur, Barine, pensai-je derrière mes larmes de crocodile. Le jour viendra où je t'expliquerai chaque mot de mon contrat avant de te rendre au froid.
Le lendemain matin, j'étais de retour. Je m'étais posté contre la cloison, immobile comme une ombre. Je regardais la table chargée de mets. Mon estomac cria de faim — une vérité, celle-là, que je n'avais pas besoin de feindre.
Quand Sacha m'invita à m'approcher, j'avançai avec une humilité calculée. Je refusai le pain d'abord. Un homme qui accepte trop vite est un mendiant ; un homme qui veut gagner son pain est une recrue.
— Je voudrais gagner ce que je mange, murmurai-je, la tête basse.
Le silence qui suivit fut le plus long de ma vie de mercenaire. La veille, j'avais pris le temps de tous les observer depuis leur arrivée, avant de jouer ma petite comédie du mendiant. J'avais compris que Sacha était accompagné, comme prévu, de ses deux fils, mais également d’un couple et de leurs trois filles. Et là, précisément, je sentais le regard du père de Marie peser sur moi, une méfiance instinctive qui me fit dresser les poils de la nuque.
Je devais verrouiller la trame maintenant. Vérifier si les renseignements de Mikhaïl Ilitch étaient exacts : extrêmement naïf de nature et heureux de retrouver son pays natal après dix ans d’exil, Sacha se montrerait enclin à voir en une demande d’aide un signe du destin.
— Je suis plus fort qu’il n’y paraît... prenez-moi à votre service.
— Relève-toi et va t’asseoir à côté de mes gardes, finit par dire Sacha. Nous repartons dans trente minutes.
Je relevai le visage. Le soulagement que j'affichai était sincère, mais pas pour les raisons que Sacha imaginait. La porte était ouverte. Le loup était dans la bergerie.
— Je me nomme Lev Ilitch Soukarov. On m’appelle généralement Liova, Barine. Pour vous servir.
M'installant à la table des gardes, je me mis à dévorer les restes. Entre deux bouchées de pain noir, mes yeux glissèrent vers Marie. Elle me regardait, perplexe, sans doute surprise par mon manque de larmes après une telle chance. Je rangeai cette observation dans un coin de mon esprit. J'allais devoir être plus prudent avec la petite. Elle était le seul fil qui ne filait pas droit dans mon ouvrage.
Trente minutes plus tard, assis dans le carrosse, je fermai les yeux, bercé par le cahotement des roues. Le piège était en marche. Il me suffisait d'attendre le moment où la route serait assez déserte et le ciel assez sombre pour que le valet devienne le bourreau.

lundi 23 février 2026

 UNE IDÉE UN PEU FOLLE :  TESTER L'ÉCRITURE AVEC UNE I.A. : GEMINI






Une idée un peu folle pour me renouveler et continuer à ressentir le plaisir mais différemment : j'ai voulu tester l'écriture avec une I.A.

Et oui ! Un sacrilège, diront certains.
Une expérience et une curiosité pour moi.
Gemini est installé sur cet ordinateur, alors je me suis dit que j'allais lui fournir des idées, des bribes de textes et voir comment il agencerait tout ça.
J'ai dû lutter contre sa tendance à bâcler : à vouloir finir l'histoire avant même qu'elle ne soit commencée. Contre ses clichés aussi et ses tics de langage. En revanche, j'ai profité de sa mémoire gigantesque, de sa capacité à aller vérifier ses affirmations en retrouvant le contexte historique demandé.
Et cela a donné une oeuvre hybride : ni I.A. ni moi. Un roman que je viens, là encore grâce à l'aide de celle qui se présentait elle-même comme ma fidèle collaboratrice, de mettre en ligne sur Amazon KDP. Sous le titre Le Tisserand d'Ombres. Et sous un pseudonyme puisque je le répète cette oeuvre est une expérience avant tout.
Voici le "pitch".
"De l'atelier de tissage aux bas-fonds de l'Empire, Liova n'a qu'une seule mission : protéger Marie des ombres qu'il a lui-même créées."
Et le résumé :
Le destin ne se subit pas, il se tisse.
Dans une Russie implacable, Liova n’est qu’un modeste artisan. Mais sous ses doigts, ce ne sont pas seulement les fils de soie qu’il manipule : c’est l’art de disparaître et de frapper dans l'ombre. De l'atelier paisible aux bas-fonds où l'on survit en mendiant ou en tuant, son existence n'est qu'une suite de renoncements.
Jusqu'à Marie.
D'abord une enfant de dix ans qu'il arrache à son monde, elle devient, cinq ans plus tard, le miroir de ses propres fautes. En retrouvant cette jeune fille de quinze ans, Liova ne cherche pas l'amour, mais la rédemption. Elle est sa seconde chance, l'unique lumière dans une vie de ténèbres. Pour elle, il sera le rempart, le garde du corps dévoué, prêt à affronter les spectres de son passé pour lui offrir un avenir.
Mais dans ce jeu de pouvoir et de trahison, protéger l'innocence a un prix. Liova devra apprendre que pour sauver Marie, le Tisserand d'Ombres doit parfois accepter de se laisser consumer par elles.
Trois visages, une seule quête : protéger celle qui est devenue sa seule raison de vivre.







dimanche 9 février 2020

STEPHEN KING

 Un maître, n'est-ce pas ?
D'après moi tous les conseils ci-dessous valent de l'or. Une préférence pour les 1-5-6-10-12-14-18 et toujours autant de mal avec le même conseil que Steinbeck ( 13 )
Etat d'esprit de l'écrivain
1. Ecrire d'abord pour soi, ne penser au lecteur qu'après. "Lorsque vous écrivez une histoire, vous vous la racontez à vous-même. Lorsque vous la réécrivez, votre tâche principale consiste à enlever tout ce qui n'est pas dans l'histoire." 
2. Ne vous préoccupez pas du qu'en dira-t-on. "Si vous cherchez à écrire aussi honnêtement que vous le pouvez, vos jours comme membre de la bonne société sont comptés." 
3. Avoir confiance en soi. "Je suis convaincu que la peur est à l'origine de mes plus mauvaises pages." 
4. Rester fidèle à son propre style. "Personne ne peut imiter l'approche d'un écrivain à un genre précis, même si ce qu'il fait semble simple." 
5. Ecrire rend heureux. "Le but de l'écriture n'est pas de faire de l'argent, de devenir célèbre, de décrocher des rendez-vous, s'envoyer en l'air ou se faire des amis. Finalement, il s'agit d'enrichir les vies de ceux qui liront votre oeuvre, et d'enrichir aussi votre propre vie... J' ai écris pour la simple joie de la chose. Et si vous le faites pour la joie, vous pouvez le faire pour toujours." 
Conseils techniques
6. Soigner l'introduction. "La première ligne devrait inviter le lecteur à commencer l'histoire. Elle devrait dire "Ecoute. Viens ici. Tu veux savoir ce qui se passe." 
7. Ecrire un mot à la fois. "Qu'il s'agisse d'une anecdote sur une seule page ou d'une épopée sous forme de trilogie comme Le Seigneur des anneaux, le travail est toujours réalisé un mot à la fois." 
8. Ne pas utiliser la forme passive. "Les écrivains timides aiment les verbes passifs pour les mêmes raisons que les amoureux timides aiment les partenaires passifs. La voix passive est sans risque." 
9. Eviter les adverbes. "L'adverbe n'est pas votre ami. Particulièrement "après "il disait" ou "elle disait"." 
10. Faire des paragraphes. "Les paragraphes sont aussi importants sur le plan visuel que sur le plan significatif: ils sont les signes de l'intention." 
11. Ne pas être obsédé par la grammaire. "Le but de la fiction n'est pas l'exactitude grammaticale, mais doit permettre au lecteur d'entrer (dans le roman) pour lui raconter une histoire." 
12. Ne pas être exhaustif dans les passages descriptifs. "La description commence dans l'imagination de l'auteur, mais doit finir dans celle du lecteur de manière à ce qu'il frémisse de reconnaissance." 
13. Laisser tomber les passages qui tiennent à coeur. "Supprimez vos passages préférés, même lorsque cela brise votre coeur de petit scribe égocentrique: supprimez vos chouchous (...). Cette coupure permettra d'accélérer le rythme, et c'est ce que la plupart d'entre nous finit par avoir à faire." 
14. Le travail de documentation ne doit pas supplanter l'intrigue. "Si vous avez besoin de faire des recherches en rapport avec des choses que traitent certaines parties de votre histoire et que vous connaissez très peu, rappelez-vous ce mot: arrière-plan. C'est l'endroit auquel appartiennent les recherches: placez-les aussi loin dans la toile et la trame de fond que vous pouvez. Vous pouvez être fasciné par ce que vous apprenez (...) mais vos lecteurs vont probablement beaucoup plus se soucier des personnages et de l'histoire." 
L'environnement de travail
15. Ecrire avec la porte fermée. "C'est votre façon de dire au monde et à vous-même que vous êtes occupé. Vous vous êtes engagé sérieusement à écrire, et avez l'intention de mener à bien votre tâche." 
16. Aménager une salle de travail de manière symbolique. "Placez votre bureau dans un coin, et chaque fois que vous vous y asseyez pour écrire, rappelez-vous pourquoi il n'est pas au milieu de la pièce. La vie n'est pas un système qui soutient l'art. C'est l'inverse." 
17. Eteindre la télévision et éliminer les distractions. "Il ne devrait pas y avoir de téléphone dans la salle où vous écrivez, encore moins de télévision ou de jeux vidéo prêts à vous distraire (...). La télévision pendant le travail est la dernière chose dont un auteur en herbe a besoin." 
18. Respecter des délais. "Le premier jet d'un roman, même long, ne devrait pas vous prendre plus de trois mois à écrire, ce qui correspond à la longueur d'une saison." 
19. Faire une pause. "Lire votre livre après six semaines de vacances peut être une expérience étrange, voire stimulante." 
L'importance du travail
20. Ecrire et lire tout le temps. "Si vous voulez être écrivain, vous devez privilégier deux choses: lire beaucoup et écrire beaucoup. Si vous n'avez pas le temps de lire, alors vous n'avez pas le temps (ou les outils) pour écrire (...). J'écris moi-même tous les jours, même à Noël, le jour de la fête nationale et le jour de mon anniversaire." 
Bonus
L'écrivain de 67 ans livre un dernier secret concernant sa réussite, qui ne manquera pas de faire sourire: "Je suis resté en bonne santé et je suis resté marié."