samedi 11 novembre 2017

Alors si vous êtes du genre architecte : faîtes comme ce que vous recommande cette blogueuse.
"Vous l’aurez compris désormais : en écriture, je suis une planner (en VO, une architecte). Autrement dit, j’ai besoin de planifier mon texte de A à Z pour me sentir à l’aise et commencer à écrire. Non seulement cette méthode me permet d’être bien dans mon écriture mais elle me facilite grandement la vie lors de la phase de réécriture / relecture.
Dans cet article, je vais vous montrer comment faire le plan de son roman à partir de votre synopsis et/ou des éléments d’intrigue que vous avez en votre possession.
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Pré-requis : Le rôle de la scène
Avant de vous parler du tableau de scènes que j’utilise, il me semble essentiel de vous parler de la forme d’une scène.
Une scène a un début, un milieu et une fin. Le plus souvent, elle se déroule avec une unité de temps et de lieu mais cela n’est pas obligatoire : une scène peut aussi avoir une unité de thème. Par exemple, pour faire vieillir un personnage en accéléré, vous pouvez montrer dans une même scène son rapport à sa mère à 3, 8, 12 et 18 ans.
Toute la difficulté d’écriture d’une scène réside en votre capacité à commencer et à vous arrêter au bon endroit.
Un roman est composé de parties, elles-mêmes composées de chapitres, eux-mêmes composés de scènes (elles-mêmes composées de paragraphes).
La notion de conflit
Une scène ne peut se penser sans conflit. Vous avez peut-être déjà entendu cette idée. Mais savez-vous exactement ce qu’elle implique ?
Dans la notion de conflit, il est important de comprendre que le conflit n’a pas à être violent. Un conflit peut être interne (votre personnage se pose des questions), il peut être entre deux personnages (une discussion, une révélation, une dispute), il peut être entre deux groupes, entre un individu et une organisation.
En gros, une scène ne doit pas être là pour être là. Si vous êtes en phase de transition entre deux événements importants, vous devez continuer à tenir votre lecteur en haleine en lui donnant du grain à moudre. Dans une série télévisée, une saison tente de répondre à une grande question, mais chaque épisode contient sa propre interrogation : c’est ce qu’il faut réussir à faire dans vos scènes pour maintenir votre lecteur dans l’attente et le questionnement.
Si je travaille essentiellement à partir de Scrivener (j’ai décidé d’utiliser Scribbook pour ce roman qui a des fonctionnalités très proches), cela ne m’empêche pas de travailler à partir d’un tableau Numbers (l’équivalent d’Excel sur Mac) 

#2 Faire la liste des événements
Commencez par faire la liste des événements que vous envisagez pour votre roman et organisez-la dans l’ordre chronologique.
Si vous envisagez de ne pas raconter votre histoire dans l’ordre chronologique, n’hésitez pas à écrire vos événements deux fois : une fois dans l’ordre chronologique et une fois dans l’ordre où vous les aborderez dans votre roman. C’est une technique pratique pour s’y retrouver si votre récit est complexe.
#3 Faire la liste des scènes
Au delà des événements et des rebondissements de votre roman, vous avez peut-être des scènes qui s’agitent déjà dans votre tête. Cela peut-être le baiser de vos deux protagonistes principaux ou la dispute entre votre personnage principal et son père… Toujours est-il que vous devez les noter quelque part.
Insérez-les dans votre liste d’événements précédemment réalisée.
#4 Réfléchir sur papier
Si vous êtes comme moi, il reste des moments de flou : des événements que vous n’avez pas encore découpés en scènes et des transitions d’un événement à l’autre que vous ne savez pas encore comment réaliser. Il va désormais être le moment de brainstormer un peu Voici plusieurs axes qui vont vous permettre d’avancer et de trouver des scènes à ajouter.
Le développement de vos personnages
Comment pouvez-vous les développer ? Quelle situation permettra-t-elle le mieux de faire ressortir leur caractère ? Pouvez-vous l’utiliser dans votre récit ? Quelles relations partagent vos personnages ? Comment les développer ?
Si vous aurez besoin de développer vos personnages au tout début de votre livre, il est possible que vous ayez aussi besoin d’écrire des scènes de développement tout au long de votre livre, à chaque arrivée d’un nouveau personnage qui a une certaine importance.
Le développement de vos lieux
Un nouveau lieu entre dans votre histoire et vous voulez lui donner une véritable existence ? Comment le rendre vivant ? Une scène qui lui est dédiée peut-être utile.
Prenez Paris. Si votre personnage a toujours vu Paris comme la ville de l’Amour, sa déception peut être exceptionnelle quand il réalise que c’est aussi la ville du métro sale et des mendiants : cela peut donner lieu à une scène. Et si c’est un roman initiatique, il peut réaliser, à la fin du roman, dans une autre scène, que Paris est aussi le lieu du métissage et de la liberté.
Faire des scènes qui se répondent dans votre roman est un bon moyen de montrer comment évolue votre personnage. Ce conseil est à utiliser avec modération : attention au discours moralisateur, aux clichés et à l’impression de déjà-vu qui peut être néfaste à votre histoire.
Le développement de votre thème
Pour mon roman, j’ai décidé de partir sur un thème très féministe. Les solutions pour développer ce thème sont infinies : montrer un cours d’Histoire où les femmes sont presque gommées, montrer le harcèlement de rue… Tous ces éléments peuvent donner du corps et de la profondeur à votre roman.
A nouveau, il faut éviter d’être trop insistant au risque d’être barbant. Ne prenez pas votre lecteur pour votre idiot ! Il comprend vite ! Instillez délicatement ces éléments dans vos intrigues secondaires.
Le développement de vos intrigues secondaires
Vous avez décidé de mettre des quêtes annexes ou des histoires parallèles à celle de votre héros : des scènes doivent traiter de ces intrigues.
#6 Remplir le tableau
Ce travail doit désormais vous permettre d’arriver à avoir une liste de scènes presque complète. Le but est désormais de mettre l’ensemble au propre. C’est à ce moment là qu’intervient mon joli petit tableau. Remplissez-le.
Pour chaque scène, en plus du résumé, mon tableau propose d’ajouter :
Les personnages
Le lieu
La date
Le conflit
Les informations autres
Le nombre de mots à écrire
mon-tableau-de-scenes
#7 Rééquilibrer
Essayez de rassembler chaque petit groupe de scènes en une entité : les chapitres. Dans le tableau, vous remarquerez que j’ai construit deux colonnes avant la liste des scènes : il permet de donner un numéro de chapitre et un nom de chapitre à chaque ensemble.
Vous remarquerez aussi que j’ai créé des lignes qui s’appellent « Evénement perturbateur », « Péripétie 1 », « Péripétie 2 », « Climax »… Si votre récit se comporte comme la plupart des récits existants, ces éléments devraient se retrouver dans votre roman.
mon-tableau-de-scenes-2
Placez les par rapport à vos scènes : si votre Climax tombe au milieu du roman et que la plupart des scènes permettent de clôturer l’intrigue, c’est que votre intrigue est bancale. De même, si votre situation initiale prend les trois-quart du roman : il y a un problème. Rééquilibrez !
#8 Imprimez, relire et modifier
L’ordinateur est pour moi un outil de mise en forme : pour créer un joli rendu, c’est bien. Pour réfléchir, beaucoup moins.
C’est pourquoi j’aime imprimer et vérifier directement sur papier, stylo en main.
Si vous ajoutez des éléments, reportez ensuite les modifications dans votre tableau. Cela vous permettra d’avoir un beau tableau qui vous accompagnera durant la rédaction de votre roman… Voilà vous avez terminé le plan de votre roman 
Deux astuces pour finir
Eviter de paniquer
Si vous êtes du style à aimer avoir un plan mais à en sortir régulièrement quand vous écrivez, il est possible de ne commencer par planifier de la sorte seulement vos trois premiers chapitres. Cela vous permet d’avoir une trame pour le début de votre histoire. Puis, quand les trois premiers chapitres sont écrits et que vous êtes plus proches de vos personnages, vous pouvez recommencer ce travail de planification pour les cinq prochaines chapitres… et ainsi de suite. Ainsi, vous êtes très cadré mais vous avez une marge de liberté qui ne vous enserre pas de trop "
Par ailleurs, sachez que votre tableau, bien qu’il soit tout beau sur votre ordinateur, n’a pas à être figé : vous pouvez tout à fait le modifier s’il ne colle pas à l’histoire que vous écrivez. Le tableau est un cadre : à vous de juger si votre histoire vaut le coup de déborder… ou si vous vous êtes enflammé et que vous feriez mieux de revenir dans les clous.
Utiliser ce tableau pour écrire plus vite
Je vais vous livrer ici ma méthode pour écrire partout. Que vous fassiez le Nanowrimo ou que vous ayez l’obligation de jongler et d’écrire une dizaine de minutes par jour, cette technique pourrait vous aider. Cette technique fonctionne quel que soit votre logiciel d’écriture préféré.
Créer la structure de votre roman
Commencez par créer la structure de votre roman à partir de votre plan.
Avec Word / Pages / Libre Office : créez un fichier Manuscrit V1 puis un fichier pour chaque chapitre. À l’intérieur, créez autant de fichiers Word que vous avez de scènes dans chaque chapitre. Collez dans ces fichiers le résumé de votre scène.
organiser-son-roman
Avec Scribbook et Scrivener : créez un nouveau projet puis un fichier Manuscrit V1. Dans ce fichier, créez un dossier pour chaque chapitre. À l’intérieur, créez autant de fichiers texte que vous avez de scènes dans chaque chapitre. Collez dans ces fichiers texte le résumé de chacune de vos scènes.
organiser-mon-roman-sur-scribbook
Transporter votre roman avec vous
Si vous êtes chez vous, vous pourrez écrire directement dans les fichiers créés à l’étape précédente. Si vous êtes régulièrement en déplacements, en revanche, il va vous falloir trouver des alternatives pour vous permettre d’écrire à tout moment.
C’est pourquoi je recréée pour ma part l’ensemble des fichiers scènes dans Evernote (vous pouvez aussi utiliser OneNote), dans un carnet au nom de mon roman.
organiser-mon-roman-sur-evernote
Ainsi, je peux écrire hors connexion sur mon téléphone dans le métro, le train ou encore dans une salle d’attente. Cela demande un peu de temps de préparation mais cela me permet d’exploiter les moindres minutes que j’ai de libres. C’est une méthode efficace pour avancer si vous n’avez que quelques minutes à accorder à l’écriture dans votre emploi du temps."
VOUS AVEZ EU DU MAL À FINIR? VOUS VOUS ÊTES DIT QU'IL ÉTAIT IMPOSSIBLE DE PRÉVOIR TOUT ÇA AVANT MÊME D'AVOIR ÉCRIT UNE SEULE LIGNE?
ALORS ON EST BIEN D'ACCORD ET JE VOUS DONNE RENDEZ-VOUS DANS MON PROCHAIN ARTICLE ...
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mercredi 8 novembre 2017

LE TEMPS DES MIROIRS  
Les tilleuls embaumaient l'air de ce début Juin. Soudain submergés par cette odeur au parfum de nostalgie, les deux hommes pressèrent instinctivement le pas le long de l'allée qui menait à la maison de leur enfance. Nichée tout au fond de l'écrin de verdure du parc, semblant chauffer ses vieilles pierres au soleil couchant, la bâtisse les attendait depuis toujours. Les fenêtres et les portes en bois, l'harmonie de la façade et la glycine qui courait au dessus du seuil ; tout contribuait à donner à l'endroit ce charme et même cette magie si particulière dont tous deux se souvenaient. Le parc et la maison elle-même avaient souvent retenti de leurs rires d'enfants turbulents et joyeux mais c'était bien la voix d'Olaya qui s'élevait à travers le temps dans l'esprit des deux cousins. Claire et cascadant comme une eau vive au rythme des « r » auxquels ses origines espagnoles donnaient une vie particulière, elle ponctuait leurs journées de vacances chaque été, depuis son lumineux et souriant accueil matinal jusqu'à l'appel précédant le repas du soir. 
     « Baptiste ! Raphaël ! Où êtes-vous ? Il est l'heure. »
     Avec Olaya, il était toujours l'heure. L'heure de se lever, l'heure de manger mais aussi et surtout l'heure de venir voir, découvrir, apprendre … Le temps semblait suspendre son vol, comme éclaté en mille petites bulles de bonheur : petits bijoux ciselés par le souffle de l'instant. La porte venait de céder sous leurs efforts conjugués ; le bois que l'humidité de l'hiver avait tendu protesta faiblement. Simplement pour la forme leur sembla-t-il; comme si la maison venait de les reconnaître et d'accepter leur présence. La fraicheur du dallage de losanges blancs et noirs les mena comme autrefois à la cuisine où la longue table de bois leur parut bien vide. Olaya s'en était allée et avec elle les pommes et les poires du jardin, les confitures et les tas de légumes fièrement alignés en attente de leur épluchage. Ils ressortirent sans s'attarder, bien conscients que le supplément d'âme qu'ils cherchaient ne se cachaient dans aucun des tiroirs de la pièce. Olaya avait été précise dans son testament; le trésor se trouvait au grenier. Quelque chose leur disait qu'il y avait quand même là une certaine logique et que c'était bien parmi l'amas d'objets hétéroclites amoncelés là-haut que se trouvaient la plupart de leurs découvertes d'enfants. Alors, une dernière fois …
     L'escalier grinça et craqua tout comme dans leurs souvenirs et la trompeuse caresse de sa rampe imprima de nouvelles petites griffures à leurs mains imprudentes et oublieuses. La clanche à peine  enfoncée, la porte s'effaça sans un bruit. Surpris par tant de coopération soudaine, Baptiste et Raphaël se tinrent un instant sur le seuil. Retenant leur souffle, comme pris d'une timidité soudaine, ils demeurèrent quelques instants à observer le paradis qu'ils croyaient perdu. Une longue poutre le traversait de part en part soutenue en son centre par une autre plus massive. Autour de cette base s'articulait un petit réseau qui permettait aux planches assemblées au dessus de maintenir les tuiles du toit en une pente harmonieuse qui rejoignait le parquet des deux côtés. Dans la partie la plus éloignée, les rayons du soleil tombant par une petite fenêtre jouaient avec les bocaux de confiture créant un kaléidoscope multicolore. Si l’oeil était ainsi charmé, le nez n’avait rien à lui envier : dans toute la pièce flottait l’odeur douce et sucré du tilleul en train de sécher. 
     «Tu te souviens de l’odeur des draps? Abuelita les étendait là-bas, de l’autre côté. Quand je repense à toutes ces années, c’est ce qui revient en premier : l’odeur de tilleul et de linge propre.»
     Raphaël sembla sortir du long rêve dans lequel l’avait plongé son entrée dans la pièce. 
     « Abuelita … Elle adorait qu’on l’appelle comme ça. Plus jamais …
     - Raf, on était d’accord: elle n’aurait pas voulu, tu sais bien.
     - Oui, tu as raison. Allez, viens, c’est parti : je déclare la chasse au trésor ouverte !
     - Attends, qui dit chasse au trésor dit carte.»
     Joignant le geste à la parole Baptiste sortit de la poche de sa veste un papier plié en quatre avant de l’ouvrir délicatement. 
     «Une carte? Pas vraiment: deux énigmes plutôt.»
     Raphaël venait de s’emparer du papier que leur avait confié le notaire deux semaines auparavant. Olaya ne s’était jamais fait la moindre illusion sur le sort qui serait réservé à sa maison; ses enfants la vendraient tout simplement parce que leur vie était désormais ailleurs. Et aucun de ses petit-enfants ne pourrait se permettre de la prendre en charge. Par contre, elle avait tenu à faire un testament dans les règles de l'art et avait mis tout son cœur pour trouver ce qui convenait le mieux à chacun, ce qui serait à la fois un souvenir d'elle et d'un passé commun mais aussi un message. Sur le papier qui tremblait légèrement entre les mains de Raphaël courait l'écriture fine, déliée, délicate de la vieille femme: ses instructions pour leur permettre d'entrer en possession de ce qu'elle avait réservé pour eux. Pourquoi sous cette forme-là? Les deux cousins ne s'étaient pas posé la question bien longtemps; leur grand-mère connaissait parfaitement leur goût pour le romanesque.
    «Dans l'odeur sagement rangée tu trouveras ton épée». L'énigme ne posa aucun problème à Baptiste et le fleuret de l'arrière grand-père qui l'avait tant de fois transformé en d'Artagnan apparut rapidement entre les piles de vieux draps pliés et oubliés dans le buffet bas depuis la mort d'Olaya. Raphaël, lui, restait pensif. Baptiste s'empara du papier et lut ce qui intriguait tant son cousin: « Si connaître la vérité t'importe, enfin il te faut ouvrir la porte».
   -C'est une blague ou quoi? Abuelita veut que tu démontes la porte? Une idée de déco ...
     Pour toute réponse, Raphaël lui désigna le fond de la pièce: un drap recouvrait ce qui semblait être un miroir. Baptiste s'avançait déjà, curieux, quand Raphaël arrêta son geste. 
     -Raf, qu'est-ce qui se passe? Je m'en souviens de ce miroir, il n'est pas très beau mais quand même, ça te fera un souvenir.
   -Je ne l'ai jamais aimé, il me faisait peur autant qu'il me fascinait. Et Abuelita le savait. Tu ne te souviens pas de ce qu'elle disait? Que l'âme des morts s'y trouve piégée. Que c'est pour ça qu'il faut couvrir les miroirs quand quelqu'un meurt.
   -N'importe quoi! Jamais personne n'est mort dans cette maison. Il n'y a eu que des naissances. Dont la tienne. Une des histoires préférées d'Olaya.
   -Je ne sais pas, j'ai toujours eu un sentiment bizarre en passant devant ce miroir comme si c'était lui qui me regardait. Comme si quelqu'un m'y attendait. 
    - Oui, tout à fait. Regarde, ils sont même deux.
    Cette fois, Raphaël n'avait pas été assez rapide; le drap gisait à terre et Baptiste lui souriait maintenant depuis l'autre monde. Son compère par contre … 
   -OK, Raf, l'idée d'Abuelita ne te plaît pas. Ecoute, réfléchis deux secondes, et après on s'en va. Juste le temps que je regarde dans les draps où j'ai trouvé le fleuret; dans mes souvenirs, il y avait un fourreau avec.
    A peine le temps de finir sa phrase, Baptiste était déjà parti. Raphaël plongea enfin les yeux dans ceux qui lui faisaient face. 
   -Pas de fourreau, Raf, mais regarde ce que j'ai trouvé: les archives d'Olaya. Elle y a noté tous les événements marquants... D'ailleurs, il y avait un marque-page au jour de ta naissance. Il semblerait que ça ait été plus mouvementé que prévu: tu avais un jumeau, et … Raf?
    Le soleil se couchait déjà. Raf demeurait invisible. Enfin, une ombre émergea, semblant sortir du mur à côté du miroir.
-Tu m'as presque fait peur. On y va? Tu as décidé pour le miroir?
   La réponse fut éloquente: Raphaël venait de repositionner le drap. Quelques secondes plus tard la porte du grenier se refermait à tout jamais. Seul le miroir répondit à son grincement. D'un long cri silencieux.  
     




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L'UNIVERS




Alors, ça y est, vous êtes décidé, vous allez écrire. Vous avez en tête un univers, des personnages, une histoire, vous avez même réfléchi au titre, commencé une ébauche de couverture et vous vous posez devant l’ordi. Et là, ça bloque. Pourquoi? 
Parce que dès la première phrase terminée, vous tombez sur un problème bêtement « technique ». Du genre combien de temps mettait-on à cheval entre Paris et Lyon au XVIIe siècle? Si, si, je vous jure … Ou alors, sur la planète Krypton, qu’est-ce que je décide : les dunes sont-elles vertes ou bleues?
Vous allez me dire que dans le deuxième cas, ce problème peut très vite se résoudre puisque c’est l’auteur qui décide lui-même. Certes ! J’ajouterai même que le premier n’est pas aussi insoluble qu’il y parait grâce à L’ALLIÉ ABSOLU de l’écrivain : GOOGLE. À qui j’adresse d’ailleurs ici mes plus vifs remerciements.
LE PROBLÈME ? Et bien c’est que vous venez de vous rendre compte que la chose risque de se reproduire. Et donc de vous bloquer en pleine crise d’inspiration. Difficile de laisser des blancs dans le récit en se disant qu’on y reviendra plus tard quand on aura eu le temps de faire des recherches. À la limite une fois mais pas deux ou trois.
LA SOLUTION? Créez-vous votre univers AVANT. Faîtes des recherches, mettez en fiches les lieux, les dates, les paysages, les moyens de transport, l’organisation de la société, les habitudes, la langue, la nourriture, vos personnages, leurs vêtements, les liens entre eux, quelques caractéristiques de leur caractère …
Oh là, me direz-vous, et la spontanéité de l’écrivain? Je vous rassure, il n’est pas question de tout prévoir de A à Z, loin de là, j’y reviendrai d’ailleurs dans un autre article consacré à un thème qui m’est cher : un auteur doit-il obligatoirement connaître la fin de son roman avant de se lancer?. Non, ce que je veux dire c’est qu’il faut absolument avoir AVANT de commencer une idée assez précise de L’UNIVERS dans lequel vous allez faire évoluer vos personnages.
Pas seulement pour éviter d’être ridicule et de décourager vos lecteurs par des anachronismes mais surtout pour rester COHÉRENT. Personnellement, le manque de cohérence est une des raisons majeures qui me poussent à laisser tomber la lecture d’un roman; quand l’univers n’est plus crédible, quand les personnages ressemblent à des marionnettes …
Croyez-moi, faire ces recherches sur votre futur univers non seulement vous fera gagner beaucoup de temps mais vous procurera beaucoup de plaisir comme celui ressenti pendant la préparation d’un voyage par exemple.




Bon, soyons un peu sérieux. Imaginons que vous vouliez écrire un roman. Comment en choisiriez-vous le sujet? 

Pour ma part, je pense que beaucoup d'écrivains creusent inlassablement le même sillon. De l'horreur et de l'angoisse pour King, du meurtre sophistiqué pour Agatha, de l'étude de mœurs pour Balzac ...

Chacun d'entre nous est conditionné par ses expériences, par son passé, par ses lectures. Nos romans reprennent nos obsessions, les ambiances qui nous plaisent, les mondes réels ou fantasmés dans lesquels nous aimons évoluer.

C'est pour ça que je pense qu'en fait, ce n'est pas nous qui choisissons le sujet mais lui qui s'impose à nous. Seuls des éléments extérieurs peuvent nous en détourner et nous amener à écrire sur tout à fait autre chose. Relever un défi par exemple. Ou devoir régler par une sorte d'écriture thérapeutique un aspect de notre vie : écrire les choses que nous ne pouvons dire.

Le reste du temps, le chemin qui nous a réussit s'ouvre de nouveau et ses arguments sont puissants. Je viens d'en faire l'expérience en terminant il y a peu mon cinquième roman situé dans la Russie du Tsar Pierre le Grand. 
STEPHEN KING. 



Un maître, n'est-ce pas ?
D'après moi tous les conseils ci-dessous valent de l'or. Une préférence pour les 1-5-6-10-12-14-18 et toujours autant de mal avec le même conseil que Steinbeck ( 13 )
Etat d'esprit de l'écrivain
1. Ecrire d'abord pour soi, ne penser au lecteur qu'après. "Lorsque vous écrivez une histoire, vous vous la racontez à vous-même. Lorsque vous la réécrivez, votre tâche principale consiste à enlever tout ce qui n'est pas dans l'histoire." 
2. Ne vous préoccupez pas du qu'en dira-t-on. "Si vous cherchez à écrire aussi honnêtement que vous le pouvez, vos jours comme membre de la bonne société sont comptés." 
3. Avoir confiance en soi. "Je suis convaincu que la peur est à l'origine de mes plus mauvaises pages." 
4. Rester fidèle à son propre style. "Personne ne peut imiter l'approche d'un écrivain à un genre précis, même si ce qu'il fait semble simple." 
5. Ecrire rend heureux. "Le but de l'écriture n'est pas de faire de l'argent, de devenir célèbre, de décrocher des rendez-vous, s'envoyer en l'air ou se faire des amis. Finalement, il s'agit d'enrichir les vies de ceux qui liront votre oeuvre, et d'enrichir aussi votre propre vie... J' ai écris pour la simple joie de la chose. Et si vous le faites pour la joie, vous pouvez le faire pour toujours." 
Conseils techniques
6. Soigner l'introduction. "La première ligne devrait inviter le lecteur à commencer l'histoire. Elle devrait dire "Ecoute. Viens ici. Tu veux savoir ce qui se passe." 
7. Ecrire un mot à la fois. "Qu'il s'agisse d'une anecdote sur une seule page ou d'une épopée sous forme de trilogie comme Le Seigneur des anneaux, le travail est toujours réalisé un mot à la fois." 
8. Ne pas utiliser la forme passive. "Les écrivains timides aiment les verbes passifs pour les mêmes raisons que les amoureux timides aiment les partenaires passifs. La voix passive est sans risque." 
9. Eviter les adverbes. "L'adverbe n'est pas votre ami. Particulièrement "après "il disait" ou "elle disait"." 
10. Faire des paragraphes. "Les paragraphes sont aussi importants sur le plan visuel que sur le plan significatif: ils sont les signes de l'intention." 
11. Ne pas être obsédé par la grammaire. "Le but de la fiction n'est pas l'exactitude grammaticale, mais doit permettre au lecteur d'entrer (dans le roman) pour lui raconter une histoire." 
12. Ne pas être exhaustif dans les passages descriptifs. "La description commence dans l'imagination de l'auteur, mais doit finir dans celle du lecteur de manière à ce qu'il frémisse de reconnaissance." 
13. Laisser tomber les passages qui tiennent à coeur. "Supprimez vos passages préférés, même lorsque cela brise votre coeur de petit scribe égocentrique: supprimez vos chouchous (...). Cette coupure permettra d'accélérer le rythme, et c'est ce que la plupart d'entre nous finit par avoir à faire." 
14. Le travail de documentation ne doit pas supplanter l'intrigue. "Si vous avez besoin de faire des recherches en rapport avec des choses que traitent certaines parties de votre histoire et que vous connaissez très peu, rappelez-vous ce mot: arrière-plan. C'est l'endroit auquel appartiennent les recherches: placez-les aussi loin dans la toile et la trame de fond que vous pouvez. Vous pouvez être fasciné par ce que vous apprenez (...) mais vos lecteurs vont probablement beaucoup plus se soucier des personnages et de l'histoire." 
L'environnement de travail
15. Ecrire avec la porte fermée. "C'est votre façon de dire au monde et à vous-même que vous êtes occupé. Vous vous êtes engagé sérieusement à écrire, et avez l'intention de mener à bien votre tâche." 
16. Aménager une salle de travail de manière symbolique. "Placez votre bureau dans un coin, et chaque fois que vous vous y asseyez pour écrire, rappelez-vous pourquoi il n'est pas au milieu de la pièce. La vie n'est pas un système qui soutient l'art. C'est l'inverse." 
17. Eteindre la télévision et éliminer les distractions. "Il ne devrait pas y avoir de téléphone dans la salle où vous écrivez, encore moins de télévision ou de jeux vidéo prêts à vous distraire (...). La télévision pendant le travail est la dernière chose dont un auteur en herbe a besoin." 
18. Respecter des délais. "Le premier jet d'un roman, même long, ne devrait pas vous prendre plus de trois mois à écrire, ce qui correspond à la longueur d'une saison." 
19. Faire une pause. "Lire votre livre après six semaines de vacances peut être une expérience étrange, voire stimulante." 
L'importance du travail
20. Ecrire et lire tout le temps. "Si vous voulez être écrivain, vous devez privilégier deux choses: lire beaucoup et écrire beaucoup. Si vous n'avez pas le temps de lire, alors vous n'avez pas le temps (ou les outils) pour écrire (...). J'écris moi-même tous les jours, même à Noël, le jour de la fête nationale et le jour de mon anniversaire." 
Bonus
L'écrivain de 67 ans livre un dernier secret concernant sa réussite, qui ne manquera pas de faire sourire: "Je suis resté en bonne santé et je suis resté marié."
AGATHA CHRISTIE. Vous connaissez, je suppose ...



Aussi ingénieux et compliqué qu’un puzzle

Depuis, j’ai publié quinze romans et j’ai beaucoup de projets en train. C’est très captivant d’écrire un roman policier. C’est aussi ingénieux et compliqué que de construire un puzzle. Tout doit s’enchaîner logiquement. Tout doit cadrer. Je vais vous dévoiler en deux mots le secret de fabrication  : vous choisissez votre coupable, et vous mettant dans sa peau, vous décidez des moyens qui vous permettent le mieux de masquer sa culpabilité.

Ensuite, ayant fait votre plan, vous recommencez votre exposé par le commencement en vous plaçant du point de vue du spectateur. Essayez, et vous verrez comme c’est simple.

Dans l’ensemble de mon œuvre, j’ai été fidèle à Hercule Poirot, mon petit détective belge. Mais de temps en temps j’éprouve le besoin de me débarrasser de sa personnalité trop marquante et d’écrire un roman où il n’intervient pas.

Son ordre, sa méthode, sa vanité et son irritante habitude d’avoir toujours raison me fatiguent parfois et je ressens la nécessité de lui faire une infidélité. Cette petite incartade me repose du roman policier classique dont il est le type vivant.

Le métier d’auteur de romans policiers n’est pas fastidieux. Je le trouve même très agréable puisqu’il me laisse la liberté de voyager pendant six mois par an. Mon mari est archéologue et nous passons ensemble des heures si agréables dans les pays du Levant  ! Pour travailler, il suffit au romancier d’un peu de papier, d’une machine à écrire et tout l’univers est ouvert devant lui. »